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L'artiste n'a pas sa place sur Terre. Le monde n'est pas fait pour lui. L'étoile n'est domiciliée qu'à l'Univers. Si j'avais été moins égoiste, je t'aurai rendue au néant absolu. A l'inexorable. A l'immensité et à la beauté du rien. Mais puisque l'occidental se veut fièrement orgueilleux et orgueilleusement fièr, je te garde prisonnière. A la manière de Sisyphe je te contrains à subir ta peine sans jamais songer à t'échapper. Je te martèle le corps et l'esprit de mots sublimes, de mots beaux, de mots subliminaux. Ainsi je te possède toute entière, tu es le corps je suis l'esprit. Tu es la protagoniste de ma série, le geste de mes péripéties. Tu es roi je suis Dieu. Tu diriges mais je règne. Faire le bien s'enlise dans la hantise de faire le mal. L'amour implique donc le mal. Quel serait l'intérêt d'être Dieu s'il n'y avait un Lucifer ? Et puisque te faire du mal impliquerait que je t'aime, serait-il possible que Dieu règne sur les Enfers ? Loin de nous l'époque du bambou, des textes en prose, des métaphores et des rimes qui s'interposent. Il ne nous reste que des lettres qui s'entremelent, qui s'ajoutent et se démelent. Des mots vrais qui changeront, dans le contenu mais non dans le fond. Il n'y a pas de fin aux belles histoires. Même dans le noir elles vivent encore des paroles d'un vieux monsieur. Quand '' ils vécurent heureux " les achève d'un ton pompeux on sait. On sait que les 30 enfants qu'elle a eu n'ont rien de charmant, ces garnements lui ont explosé le vagin et les reins et s'appliquent à en finir avec le reste de son existence. Cocue par millier, débauchée, si elle est lâche elle finira droguée, si elle a du courage suicidée. Ne terminons donc pas notre épilogue sur '' elles vécurent heureuses ". Quand il faudra détrôner mieux vaut le faire fièr sans lettres enflammées aux rimes longuement recherchées. Sur la dernière gestuelle de notre poésie il faudra se rendre à l'évidence. Cosi fan tutté.
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